Interview : Xavier Zeitoun, Fondateur de 1001 Menus (1)

Xavier Zeitoun, 27 ans et déjà sérial entrepreneur, est le fondateur de 1 001 menus,
Start-up innovante dans le domaine de la restauration. Il nous parle très ouvertement de son parcours, de ses erreurs et de ses réussites, de l’entrepreneuriat qui le fait vibrer et a été pour lui très tôt une évidence.

Xavier Zeitoun

Xavier Zeitoun

AE : Bonjour Xavier et merci de recevoir AgoraEntreprise. Vous avez 27 ans et êtes le Président et fondateur de 1001 Menus. Pouvez-vous nous présenter le parcours qui vous a conduit à créer votre entreprise ?

Xavier Zeitoun : J’ai créé 1001 Menus dès la fin de mes études ! J’avais déjà eu une expérience entrepreneuriale avant mes études supérieures : plusieurs projets dans le Web, des sites internet qui m’ont permis d’apprendre  très jeune à développer. En entrant à l’EDC, mon école de commerce, je n’envisageais déjà pas d’autre avenir que la création de mon entreprise.
En fin de cursus EDC, j’ai naturellement opté pour un master d’entrepreneuriat et c’est pendant mon stage de troisième année, au Etats-Unis, que j’ai découvert qu’il s’y créait tout un écosystème de Start-Up autour de la restauration. Cherchant à aider les restaurateurs à trouver des clients, ces Start-up intégraient du contenu (Menu, prix, photo…)  sur leurs sites, constituant ainsi un référencement pour les internautes avec géolocalisation. L’idée de 1001 Menus vient de là. A mon retour à Paris j’ai découvert qu’il n’existait que très peu de sociétés ayant créé un site basé sur ce concept. J’ai senti qu’il y avait là une réelle opportunité de créer une entreprise et de développer le business de la restauration via Internet. Ainsi est née 1001 Menus, premier annuaire français de menus de restaurants en ligne.

AE : C’était là ta première idée ?

Xavier Zeitoun : Exactement. La première idée, mais pas la bonne ! J’ai lancé le projet quasiment le lendemain de la fin de mes études, développant pendant un an le site de 1001 Menus. Au bout d’un an j’ai compris les limites du concept en terme de possibilités de développement. Je me suis rendu compte qu’il y avait énormément de concurrents, et qu’ils avaient de sérieuses difficultés à devenir rentables… Enfin,  ces signes m’ont fait réfléchir et finalement décider d’arrêter cette activité première manière.
Mais mon constat de base, celui qui m’avait poussé à créer mon entreprise, les restaurants sont assez démunis face au Net et ont besoin d’aide pour utiliser le levier Internet dans le développement de leur activité, restait vrai. J’ai donc décidé de chercher à faire à ce moment-là un pivot.

AE : Pivot, c’est à dire que tu gardes la même idée, en changeant de cible et de businessmodel j’imagine ?

Xavier Zeitoun : C’est cela.

AE : Il y a eu une interruption avant de repartir ?  Le temps d’analyser les problèmes, de trouver l’idée ?

Xavier Zeitoun : J’ai partagé avec mon associé ma décision d’arrêt et on a commencé à réfléchir à comment repartir avant de rendre public notre décision. En fait, on avait fait des milliards d’erreurs. Une des erreurs les plus importantes du démarrage, a été sur le développement du site Web. On passait par des agences pour faire tous nos développements : on perdait en réactivité et ça nous coûtait très cher. Ce n’était pas du tout adapté… On en a vu plein d’autres. On a donc commencé à réfléchir à un nouveau projet qui serait B2B, contrairement au premier qui était B2C. Ce projet devait toujours aider les restaurants à mieux communiquer grâce à Internet, l’idée de base initiale, mais à travers un service qui réponde à toutes les problématiques des restaurateurs ; en leur enlevant le poids de gérer eux-mêmes leurs nombreux référencements on avait la conviction qu’ils auraient envie de payer pour ce service. Il nous fallait donc créer assez de valeur autour de cette offre pour que les restaurateurs soient vraiment satisfaits.

AE : C’est quand même une sacrée remise en cause, ce pivot !

Xavier Zeitoun : Tout d’abord, il faut accepter de s’être trompé, ce qui n’est pas forcément évident quand on a passé un an à essayer de convaincre tous les gens autour de soi que l’on développait quelque chose de très bien.

AE : Il y a un élément particulier qui permet de se convaincre, de faire son deuil ?

Xavier Zeitoun : Non, c’est simplement une suite progressive de constats qui finalement m’ont convaincu qu’il fallait regarder la réalité en face, ce qui est le plus difficile quand on développe son projet avec l’envie forcenée de ne voir que le côté positif : un vrai un frein à l’autocritique. A un moment donné, il faut prendre du recul et se poser les bonnes questions. Nous, de manière assez pragmatique, on ne voyait plus de quelle manière on pourrait gagner de l’argent, faire de 1001 Menus une entreprise viable sur le long terme avec ce premier projet. Après avoir essayé plein de choses différentes et ne pas réussir, il a fallu accepter l’échec, faire son deuil. Du coup, au lieu de le faire discrètement de notre côté, moi j’ai préféré le dire à tout le monde, l’annoncer, expliquer pourquoi et présenter ce que l’on allait faire dans le futur.

AE : Donc, quand tu l’as annoncé, tu avais déjà trouvé la deuxième idée pour rebondir ?

Xavier Zeitoun : Oui, à vrai dire la décision  proprement dite s’est prise assez rapidement. Depuis 15 jours, 90% du temps mon cerveau ne faisait que réfléchir à ce que l’on pourrait faire d’autre. A un moment donné, l’idée m’est venue. Un soir, alors que j’étais encore à une heure tardive au bureau, j’ai pensé à cette idée de rassembler tous les besoins en terme de communication Internet d’un restaurant à l’intérieur d’un logiciel et j’ai vu une vraie proposition de valeur pour les restaurateurs. Ensuite j’ai appelé mes associés, il devait être 23h je pense, en leur disant « j’ai trouvé le truc, c’est ça qu’il faut faire, c’est comme ça qu’il faut qu’on développe la société et je sais que ça va marcher… » Ils m’ont dit « ok, go, c’est ça la voie ».  J’ai passé le restant de la nuit à rédiger une espèce de mini business plan pour voir si au-delà de l’idée il y avait vraiment matière à développer une entreprise à partir de quelques chiffres lancés sur le papier. Le lendemain matin, on avait un vrai business viable à construire à partir de cette nouvelle idée.
On a commencé le jour même à travailler, quasiment à 100%,  sur ce nouveau concept et à aller sur le terrain tester l’idée.

AE : Tes contacts de tests étaient des restaurateurs ?

Xavier Zeitoun : Bien sûr, une grande partie était des restaurateurs : on a eut cette chance, grâce à la première expérience de 1001Menu, d’avoir un certain nombre d’entre eux dans notre réseau et de pouvoir les solliciter très rapidement pour leur demander leur avis. Mais on est également allé voir beaucoup d’autres profils, que se soient des investisseurs, des partenaires potentiels ou autres, pour leur montrer nos avancées. Chaque fois la réaction était  « ça doit déjà exister » et on leur répondait « non ça n’existe pas encore ». Quand c’est comme ça, généralement ça sent plutôt bon.

AE : Donc, développement en 2012 du nouveau site ?

Xavier Zeitoun : En gros, développement de janvier jusqu’à juin 2012.  On avait décidé de faire les choses assez discrètement parce qu’on savait que personne d’autre ne faisait encore ce qu’on s’apprêtait à lancer. On ne voulait donc pas trop le faire savoir.

AE : Assez discrètement, mais pas tant que ça quand même puisque que tu en as parlé à beaucoup de gens pour avoir des retours.

Xavier Zeitoun : On ne leur a pas tout dit. En allant sur Internet, puisque qu’on avait conservé le nom de la société et le site Internet, on tombait toujours sur l’ancien site qui était l’annuaire des restaurants qu’on entretenait plus mais qu’on laissait en ligne. On a fait ça, jusqu’au jour du lancement du produit où le nouveau site a remplacé l’ancien. Avant ce lancement, même sur mon blog personnel(1)  je parlais de développer des nouveautés mais à aucun moment je ne précisais en quoi ça consistait. En plus, jusqu’au jour du lancement, on était encore en train d’affiner le contenu du produit et ses fonctionnalités, donc difficile communiquer sur quelque chose d’aussi évolutif. Tout cela a duré  jusqu’au début de l’été. Notre lancement officiel et à la presse de 1001 Menus nouvelle version a eu lieu le 28 juin 2012.

AE : A cette date, il y avait déjà certain restaurateurs convaincus parce qu’ils avait entendu  de toi ou de tes associés ?

Xavier Zeitoun : En fait, on avait déjà des clients avant le lancement. Pendant la phase de test et d’élaboration du produit, une fois qu’on a eue définit les fonctionnalités du produit, on voulait tester les prix. On a donc commencé à vendre, mais avec des prix qui étaient différents tous les jours. Nos 30 premiers clients payent ainsi des prix tous différents, encore maintenant, parce qu’on testait sur eux le « pricing » : Certains payent un peu plus cher et d’autres un peu moins que notre tarif standard.

AE : En fait tu as testé la sensibilité prix ? C’est rare d’arriver à faire ça !

Xavier Zeitoun : Exactement, tout a été testé sur le terrain. Aujourd’hui, je pense que n’importe quelle nouvelle entreprise avoir autant que possible cette démarche, parce qu’être les yeux bandés comme nus pendant les 6 mois de développement et puis découvrir du jour au lendemain que ça ne fonctionne pas et qu’il faut tout refaire, c’est pour moi inenvisageable, encore plus après l’avoir vécu. Il faut valider au maximum toutes ses hypothèses, le plus rapidement possible sur le terrain, sans avoir forcément le meilleur produit le jour du lancement.

AE : Ensuite, à partir de septembre 2012, c’est le début de la levée de fonds ?

Xavier Zeitoun : Oui, pour le développement commercial de 1001 Menus, avec accompagnement de accompagner « l’accélérateur ». En réalité, le programme de « L’accélérateur » avait démarré durant notre pivot, bien avant notre lancement. C’est leur aide qui nous permis à aller aussi vite grâce à cette très pragmatique qu’ils nous ont inculqué : regarder la réalité en face et aller valider nos hypothèses sur le terrain. On a profité du « Demo Day » de juin où toutes les Start-Up qui font partie du programme présentent leur projet à des investisseurs, pour annoncer qu’on était en recherche de fonds. La levée s’est finalisée en décembre 2012.

AE : Ce sont des investisseurs privés qui sont rentrés ?

Xavier Zeitoun : On a eu le choix mais ont a préféré faire rentrer des Business Angels, tous entrepreneurs dans l’Internet.  Au-delà de l’argent qu’ils ont investi au capital, ils nous assistent au quotidien, nous donnent des conseils, nous font profiter de leurs réseaux. C’était plutôt ça qu’on recherchait sur un premier tour. D’ailleurs c’est ce que je conseille de faire. Chercher des cerveaux pouvant s’investir et financer ; lors d’un premier tour, être accompagné par des investisseurs compétents est une vraie richesse.

(1)  http://xavierzeitoun.com

(2 ème partie de l’interview prochainement)

 

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